Disparaitre

Disparaitre

Trois mois.

Trois mois de cauchemars.

Incessants, persistants, angoissants.

Dans ses rêves, il y perdait son identité, il disparaissait systématiquement. Sa grand-mère et ses parents, qui avaient disparu peu de temps après sa naissance, le regardaient. Les conversations s’arrêtaient, les talons de sa maman claquaient sur le sol et sonnaient le glas. Elle s’avançait vers lui, essayait de lui parler, mais les mots ne semblaient pouvoir passer sa bouche, comme trop chargés, et ils tombaient à même le sol, s’écrasant. Et lentement, lentement, chaque personne dans la pièce disparaissait. Il se réveillait trempé de sueur lorsqu’il commençait lui-même à devenir transparent.

Ils avaient commencé avec la mort de sa grand-mère, qui lui avait légué une fortune et une propriété inconnue. Avec dans le testament l’interdiction formelle de se rendre dans la maison, ou de la vendre. Elle devait, par cette décision, tomber aux oubliettes.

Et les cauchemars commencèrent.

Ca le travailla longtemps.

Interdire quelque chose est le meilleur moyen de voir quelqu’un l’enfreindre.

Alors un beau jour il se décida. Pour en avoir le cœur net.

Il prit sa décapotable un matin, et roula par les campagnes, se perdant dans des petits chemins avec l’impression fugace d’exister à travers le vent dans ses cheveux.

Il finit par trouver la maison, et il resta longtemps assis dans sa voiture. Inexplicablement il se sentait attiré, mais un profond malaise lui soufflait de redémarrer et de fuir.

Il se secoua, mit un pied dehors, et pénétra dans la maison. Elle avait une odeur vieille et poussiéreuse, presque poisseuse.

Il fit rapidement le tour du rez-de-chaussée, puis du premier, de plus en plus attiré par le grenier. Il monta l’escalier qui grinça sous chacun de ses pas, comme pour avertir quelqu’un de son arrivée. Avec hésitation il poussa la porte et resta pétrifié par ce qu’il vit.

Lentement il entra, hésitant devant les meubles éclatés, les cartons défoncés, les objets brisés à même le sol. Comment expliquer ce carnage ?

Il ramassa un ours en peluche éventré, le reposant finalement sur un meuble menaçant de s’écrouler. Il allait faire demi-tour quand son regard fut attiré par un miroir en pied, intact. Sans savoir pourquoi, et son malaise en ces lieux grandissant, il s’approcha. Lentement, il passa ses doigts sur le cadre en bois.

Il retira brutalement sa main, comme brûlé.

Il chercha son reflet, fébrilement, ne le trouva pas.

Et lentement son cauchemar se matérialisa, mais il était trop tard, trop tard pour reculer, pour faire demi-tour, pour se sauver, pour rester en vie.

Le miroir avait avalé son identité, son reflet, son regard.

Le miroir l’absorbait, l’aspirait, inexorablement.

Il n’existait plus.

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