Une feuille de lumière

Il me semblait que mon ombre était une étrange entité éloignée de mon corps, de mes pensées, de mon regard. L’on ne perd pas son ombre, elle n’a pas cette essence même de vie et de liberté propice aux cauchemars. Et pourtant elle guettait au-delà de la porte de neige bleutée, sans lien aucun avec moi-même, me faisant signe de lever les yeux, d’observer. Il y avait penchée au-dessus de moi, une feuille de lumière qui frémissait légèrement, et ce fut un déchirement que d’en éloigner mon regard. Et ce fut seulement en cet instant figé dans le temps, que je la vis. La farandole de bulles lumineuses et légères. Les lucioles dansaient avec une grâce et une volupté qui m’envoutait. Leur éclat était d’une pure douceur et la moindre feuille effleurée devenait lumière à son tour. La forêt s’illumina une feuille après l’autre, sans hâte, donnant une sensation d’intemporalité au moindre souffle de vie. Alors avec une lenteur proche de l’extase, je m’immisçai dans la farandole à en avoir le vertige, à y perdre ma propre identité. A en oublier que cette rencontre était censée n’être rien d’autre que des figures rêvées et égarées. Et ni le vertige de la chute loisible, ni la fièvre de cette liberté brutale n’eurent raison de ma félicité. J’avançais dans le cercle de lumière, tel l’oiseau en cage par hasard libéré et oublié. Et c’est ainsi que je leur donnais mes larmes et mes espoirs, que je leur offrais mon âme, dans l’abandon le plus simple. La folie de l’attente n’y fit rien, le temps peut être un miroir glacé où l’on se fige éternellement.. ce fut le son d’un simple froissement d’ailes qui me fit rouvrir les yeux éperdument.

Sur la poussière dansant dans un trait de lumière filtrant par la fenêtre.

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